Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 6) [3]

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 6)


Une demi-heure après, les deux amis retrouvèrent Lou et Théo sur les marches de la cuisine. Les jumeaux n'avaient pas eu la chance de leurs compagnons. Philippe n'avait pas accepté de donner le mercure et le souffre et Nathalie avait surpris Lou tandis qu'elle glissait l'eau dans le vieux congélateur. Heureusement, sa mère n'avait pas fait de commentaires, ni retiré le liquide. Lou affirma que sa mère ne dirait rien, mais Théo soupira doucement en annonçant qu'il allait être obligé de voler les derniers ingrédients nécessaires.
« Je m'en occuperais cette nuit, fit-il. Et Boro fera le guet. Vous, les filles, vous vous occuperez de la craie. Je viens de m'apercevoir qu'on l'avait oubliée ! Il y a aussi un oeuf de caille mais bon... On aura le temps.
- Au fait, interrogea Émilie, où allons nous installer ? Je ne sais pas si c'est le mieux, d'être sous le nez des adultes ! »
Théo jura et s'exclama :
« J'avais complètement oublié !
- Je pense, émit Lou. Que le petit cellier à côté de l'étable qui est abandonné ira. Personne ne s'en sert jamais, on sera au calme. Mais il faudra le ranger et demander aux parents.
- C'est parfait, approuva Boro. Mais il se pose toujours un petit problème: où va t-on mettre les ingrédients en attendant ?
- Ça, ce n'est pas un gros soucis, on va les dissimuler dans ma chambre » proposa Lou.
Les parents acceptèrent que les ados s'installent dans le cellier. Jusqu'au vingt-trois juillet, ils passèrent leur temps à secouer la poussière entassée depuis des années dans la vieille pièce. Le futur laboratoire n'était pas très grand mais ils purent y placer une lourde et longue table en bois dans un des coins. Le long du mur en face, des bûches attendaient et un foyer avait été aménagé dans l'ancienne cheminée. Cela faisait peut-être plus d'un siècle qu'elle n'avait pas été utilisée et quand les adolescents tentèrent d'allumer un feu, ils furent enfumés. Philippe Mahler vint à leur secours et ramona le vieux conduit bouché.
Théo recopia des formules de l'ouvrage d'Alchimie tel que:
" LEGE, LEGE, RELEGE, ORA, LABORA ET INVENIA " qui signifie "lis, lis, relis, pris, travaille et tu trouveras", la devise de l'alchimiste. Il nota aussi:
" SATOR, APERO, TENET, OPERA, ROTAS " formule sensée annuler les malédictions accompagnant généralement les rites magiques de l'Alchimie. Théo qui adorait dessiné les fit avec beaucoup de soin et choisit une calligraphie plutôt gothique. Les contours des mots étaient accompagnés de petits symboles qu'il trouva dans le livre. Il accrocha ses œuvres sur les murs du laboratoire, maintenant que nous pouvons l'appeler ainsi.
Dans le dernier coin, Lou et Émilie installèrent des poufs rouges et des coussins verts avec une table basse. Ici ils pourront discuter tranquillement. Dans cette pièce se passeront sans doute des événements importants. Tout était prêt.
Le vingt-quatre juillet, Lou reçu du courrier de la part du magazine "tout en Frac !", c'était la fiente de dragon bicéphale, avant-dernier des ingrédients manquants.
« Eh ben ! Dites donc, je suis épuisée, confia Émilie à Lou.
- T'inquiète pas moi aussi, répliqua son amie. Mais bon, le résultat est satisfaisant !
- Oui, fit Émilie. Mais on n'a pas terminé, il faut encore descendre les ingrédients dans le cellier, enfin le labo. »
Le déménagement des ingrédients s'effectua en silence dans l'après midi pour ne pas attirer l'attention des parents et de Justin. Eneffet, ces derniers étaient partis inscrire le petit garçon dans la sorte d'école primaire qu'il existait pour les enfants de magiciens. Là-bas, ils étaient regroupés dans une même classe, de 6 à 10 ans. On leur faisait une initiation à la magie, ainsi que des cours normaux.
Tous les ingrédients furent déposés sur la grande table en bois. Émilie mesura l'once de souffre avec une petite balance - elle avait trouvé la mesure exacte dans un des dictionnaires de la maison - elle versa la poudre dans un petit récipient de verre.
L'après-midi se terminait, les quatre amis purent enfin se laisser tomber sur les poufs de leur atelier.
« Il ne nous reste plus qu'à dénicher un œuf de caille et du sang de nouveau-né. »
Émilie regarda Boro avec horreur :
« Où comptes-tu trouver du sang de nouveau-né ?
- Oh ! fit Lou. Notre chatte Noisette attend des petits. Je pense que du sang de chaton suffira pour cette expérience. Il faut simplement qu'ils naissent avant le trente et un !
- Quoi, s'écria Émilie. Tu veux assassiner un chaton pour ça ?
- Mais non, répliqua Lou. Il sufiit de lui faire une prise de sang.
- Oui, fit Boro. Mais il ne faudra pas attirer l'attention ! Pour l'œuf de caille, c'est la même chose et de toute façon ça pond tous les jours ces bestiaux-là. »
Boro avait bien accentué le "attention !" car quand lui et Théo étaient allés voler le mercure et le souffre, tout ne s'était pas passé comme prévu.
Les deux garçons étaient descendus en silence. La porte du bureau du médecin s'était ouverte facilement, sans un grincement. Boro était resté à l'extérieur pour surveiller la venue des parents. Théo avait facilement trouvé les flacons. Il avait déposé une dose de souffre dans une boîte d'allumette vide et versé quelques gouttes de mercure dans une petite fiole mais avait fait tomber maladroitement la bouteille avec fracas et ils avaient dû s'enfuir rapidement avec les deux ingrédients avant que Philippe n'arrive.

# Posté le vendredi 09 mars 2007 13:12

Modifié le dimanche 28 juin 2009 13:30

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 7) [1]

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 7)


C H A P I T R E 7 : Le Marché aux Chimères


« Et bien, soupira Émilie. On va pouvoir se reposer un peu pendant une bonne semaine bien méritée.
- Détrompe-toi, objecta Théo. Tu vas pouvoir te détendre et récupérer tandis que nous, nous devons faire nos devoirs... Pff ! Les professeurs ne n'ont pas laissé de répit et on en a vraiment une pile ! Quand je pense à la rédaction que nous a demandée Mme Moore et aussi Mme Sumpathéia ! Ah ! Et j'oubliais aussi celle de Mme Pajot en S.V.M.T. On doit également noter la position des planètes durant une semaine, on peut le faire cette semaine.
- Ah ! Oui, c'est vrai, s'exclama Lou. J'avais oublié qu'on avait des devoirs pour l'Académie. Ces profs, quand même ! Ils ne pourraient pas nous laisser un peu tranquille ! Bon je me lance. Émilie tu m'accompagnes ?
- Bien sûr, répliqua Émilie, mais, c'est quoi l'S.V.M.T ? »
Ses amis la regardèrent surpris, puis se souvenant que l'école des folgendes n'enseignait sûremnt pas la science de la vie magique et de la terre, ils lui expliquèrent rapidement le principe de ce cours.
Les deux jeunes filles montèrent jusqu'à la mansarde et s'installèrent confortablement dans la chambre de Lou. Émilie avait hâte de lire le thème du devoir. Habituellement, la biologie était sa matière préférée et elle était sûre que l'ajout de la magie ne rendrait tout cela qu'encore plus attrayant.
Quand Émilie découvrit le sujet du devoir d'S.V.M.T, elle fut ravie et étonnée. Les apprentis magiciens devaient rendre un rouleau de parchemin sur les licornes. Ils devaient les décrire, parler de leur physionomie, leur habitat et leurs propriétés magiques...
« Chouette alors, je connais pleins de choses sur les licornes ! affirma Émilie. Avant de venir ici, je me suis renseigner sur la magie et aussi sur les licornes qui me fascinent depuis que je suis toute petite... Et je ne voulais pas arriver trop ignorante parmi vous qui aviez reçu une éducation imprégnée de la vie magique.
- Ça c'est chouette, lança Lou. Tu vas pouvoir m'aider. Car, contrairement à ce que tu penses, je n'y connais rien en matières de licornes. En réalité je n'en ai jamais vues. Bon je sors mes rouleaux. »
Émilie observa attentivement son amie sortir d'un tiroir un rouleau de papier blanc. À chacune des extrémités de la feuille étaient fixés des bâtons de bois vernis. Lou en déroula un sur son bureau. Il resta totalement à plat sous les yeux ébahis d'Émilie qui s'attendait à ce qu'il s'enroule aussitôt compte tenu du fait de sa position précédente. Lou remarqua son regard et lui expliqua:
« Ce sont des rouleaux ensorcelés. J'en ai une dizaine. À l'Académie, on se sert que de ça ! »
Pendant l'heure qui suivit, Émilie énonça à Lou tout ce qu'elle savait et l'aida à former des phrases correctes. Quand deux rouleaux furent complets, Lou soupira:
« Enfin une rédaction de finie ! Il me reste plus que celles de Mme Moore et de Mme Sumpathéia. Je les ferai plus tard, dans la semaine. J'ai largement le temps ! Ce soir il faudra que je pense à observer le ciel. En espérant qu'il ne se couvre pas. »
Lou glissa les parchemins dans sa valise vide où un compartiment était prévu à cet effet. Ses bagages tout juste vidés de son année scolaire se remplissaient à nouveau de tout le matériel magique nécessaire aux cours de l'Académie.
« Tu sais, Émilie, confia Lou. Je me demande pourquoi tu ne fais pas partie de l'Académie. Tu sais plus de choses que moi sur la magie et en plus une baguette t'a choisie ce qui prouve qu'un pouvoir se cache au fond de toi.
- Mais non, fit Émilie. J'ai tout appris au début de l'été, dans des livres et puis de toute façon je n'ai jamais appris à utiliser une baguette ! »
Elles restèrent silencieuses quelques instants, chacune plongée dans ses pensées.
Émilie serait-elle une magicienne que personne n'avait vue lors des répartitions ? Avait-elle de réelles capacités magiques ? Mais pourquoi et surtout comment aurait-on pu l'oublier ? Là se posaient beaucoup de questions auxquelles Émilie était incapable de répondre.
Boro et Théo entrèrent brusquement sans frapper dans la chambre. Lou et Émilie se levèrent d'un même bond prise de surprise par cette entrée soudaine.
« On vous a fait peur ? ! s'exclamèrent les deux garçons en chœur.
- Non, non, répondirent Lou et Émilie.
- Mais, fit Lou, regardez plutôt tout ce qu'Émilie a trouvé sur les licornes ! C'est incroyable, elle en sait plus que nous alors qu'elle n'a jamais connu la magie. Au fait, vous n'auriez pas une idée, pourquoi Émilie n'est pas reconnue comme magicienne. Elle a une baguette qui l'a choisie après tout. Et j'ai remarqué qu'elle respectait énormément la nature, bien plus que moi ce qui devrait l'aider à utiliser ses pouvoirs.
- Je ne comprends pas, interrogea Émilie. Je respecte mon environnement, c'est normal. Mais quel rapport avec la magie ?
- Et bien, expliqua Lou. On ne naît pas vraiment avec des dons. En fait ce qu'on appelle la magie, ce sont des forces naturelles qui sont utilisées par un magicien. Pour cela, il faut que la nature t'accepte et t'écoute... C'est compliqué à dire... Quand tu utilises la magie, tu entres en communion avec les éléments qui nous entourent. Quel que soit le sort que tu lances, tu utilises des forces naturelles. Bon... j'espère que tu comprends. Sinon on demandera à quelqu'un d'autre de t'éclairer.
- En tout cas, aujourd'hui, fit Théo, il n'existe plus beaucoup de vrais magiciens car les humains méprisent de plus en plus la nature. Elle a beau être leur habitat et constamment autour d'eux, ils l'abîment et ne l'écoutent plus.
- Euh... dit Boro. Moi ce que je voudrais rajouter, c'est qu'Émilie, tu es quand même drôlement balaise en matière de magie. J'ai regardez, vous avez écrit pleins de trucs que j'ignorait et qui sont de nature top secret pour les folgendes, et en plus deux parchemins !
- Deux ! s'exclama Théo. Nous, on a réussi à faire à peine la moitié d'un à deux !
Les deux jeunes filles aidèrent leurs amis et à la fin de l'heure, chacun avait fini son devoir d'S.V.M.T
Soudain la voix forte de Nathalie Mahler retentit:
- Les enfants, vous descendez ?
Les quatre adolescents dévalèrent le vieil escalier et trouvèrent Mme Mahler ainsi que Justin dans la cuisine. Justin, qui s'était jusque là guère montré, était en train de dévoré un sachet de bonbons. Le petit frère des jumeaux attrapait à pleine poignées des dragées de toutes les couleurs.
- Je vous prpose de venir avec nous au marché des Chimères. Est-ce que ça vous dit ?
- Chouette alors, s'exclama Lou. Ça fait drôlement longtemps qu'on n'y est pas allé !
Les trois apprentis magiciens étaient tout joyeux. Émilie les observait, étonnée.
- Est-ce que l'un d'entre vous pourrait m'expliquer de quoi il s'agit ?
Ses camarade se retournèrent brusquement vers elle et chacun se mit à parler en même temps :
- C'est... Tu verras... fantastique... Plein... créatures...gens.... Bar... Génial...
Émilie ne comprit pas un mot et les coupa :
- Un seul à la fois ! Un seul ! Je ne comprends rien du tout ! S'il vous plaît...
- O-K, firent Théo et Boro. Vas-y Lou, c'est toi qui raconte le mieux.
- Bien, acquiesça Lou. En France, il existe un petit village appelé St Aubin sur les Eaux. Ce hameau perdu dans la campagne du Nord-Pas-De-Calais est habité uniquement par des magiciens. aucun Folgendes n'en connaît ou n'en soupçonne l'existence. A part peut-être les parents Folgendes d'élèves de l'Académie. Enfin, il n'y a pas que de smagiciens qui y vivent. Il ya aussi des fées et autres créatures fantastiques dont les Folgendes ignorent la vie. De temps en temps des nains passent chargés de merveilles à vendre. Il est rare qu'ils ne s'arrêtent pas à St Aubin pour boire un verre et s'amuser. Ils s'y déchargent un peu, vendant leurs magnifiques Œuvres. C'est pourquoi tous les ans pendant l'été, les habitants organisent un immense marché, une sorte de foire où chacun peut toujours trouver ce qu'il veut. C'est le marché des Chimères, on l'appelle comme ça car on peut y rencontrer toutes sortes de créatures parfois croisées qui forment d'horribles monstres. On dirait qu'elles se sont toutes données rendez-vous afin de s'amuser. Le marché dure généralement deux à trois jours. Avec Maman, on y va tous les ans mais l'année dernière on n'a pas pu. Sinon à chaque fois on a passé des moments inoubliables.
- Et même qu'une fois, reprit Théo. On a vu Pégase ! Il éta t magnifique, il rayonnait. Tu sais, il est très rare de le rencontrer et je pense que jamais plus on ne le reverra. C'était une chance inouïe.
- Bon, vous venez avec nous ou pas ? répéta Mme Mahler.
- Moi, ze viens ! dit Justin
- Moi, je veux bien, déclara Émilie
- Evidement que tu veux bien ! s'exclama Lou. Et de toute façon sinon on t'aurait emmenée de force.
- Alors suivez -moi, dit Nathalie Mahler. On va y aller par la cabine de transfert, c'est vraiment loin.
Ils sortirent de la maison et marchèrent jusqu'à une petite cabine. Émilie fut étonnée de ne pas l'avoir déjà remarqué. En s'approchant, elle s'aperçut qu'elle était entièrement faite d'or.
Émilie s'adressa à Lou:
-Qu'est-ce que c'est ?
- Quoi ? fit Lou en se retournant. Ah ! La cabine de transfert ? Ça nous permet de nous déplacer rapidement sans être vus des Folgendes. Je crois que ça ressemble à ce que vous appelez : "une cabine téphélonique". En fait, il faut composer le code d'entrée du lieu où l'on souhaite se rendre. Ce n'est pas facile à dire, tout tourne et on se retrouve dans un cabine là où l'on voulait aller. C'est un moyen de transport très utilisé par les magiciens. D'abord parce qu'on peut l'utiliser à tous les âges. Et puis toutes les grandes familles en possèdent. Nous, nous ne l'avons que depuis quelques années. Ça a été difficile de s'en procurer une.
- Et ben ma foi, fit Émilie. C'est astucieux comme idée. Au fait, on dit une cabine "téléphonique".
Mme Mahler et Justin étaient déjà montés et s'impatientaient.
- Bon vous montez ?
- Viens, fit Lou en entraînant Émilie dans la cabine. Regarde, voici le clavier dont je t'ai parlé.
- G...19... H...4... C... 2... récita Mme Mahler.
C'était le code de St Aubin. Lou expliqua à Émilie qu'il existe un énorme répertoire des codes.
- Entrée !


# Posté le samedi 10 mars 2007 05:32

Modifié le dimanche 28 juin 2009 13:28

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 7) [2]

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 7)


« Entrée ! »
Émilie fut prise d'un vertige. Tout se mit à tourbillonner autour d'elle. Le paysage devint flou puis disparut. Elle était plongée dans le noir. Le sol se dérobait sous ses pieds. Elle ferma les yeux.
Enfin tout repris place et Émilie ouvrit les yeux. Ils descendirent de la cabine.
« Mais où sont passés Théo et Boro, s'exclama Mme Mahler. Je croyais qu'ils étaient montés. Ah ! Les filous ! »
La cabine s'éclaira alors et les deux garçons apparurent le sourire aux lèvres.
« Et bien, dit Théo. Tu nous oublis maman ?
- Vilains ! lui répondit-elle. Qu'est-ce que vous faisiez ?»
Elle les fixait et dans ses yeux se lisait son mécontentement.
« Venez » chuchota Boro aux deux filles.
Émilie se retourna et découvrit le petit village grouillant de créatures extraordinaires. Un peu plus loin se dressait une cabine de transfert d'où partait une immense file d'attente. La plupart des magiciens, portaient des grands sacs chargés. L'allée menant sur la place était encombrée par des stands de toutes tailles. Il y en avait de tous les côtés. C'était fantastique !
Boro les entraîna vers un bar dont l'enseigne annonçait : "Le voyageur". Ils poussèrent la lourde porte et partirent s'asseoir dans un coin à l'ombre de la chaleur suffocante qui régnait dehors. Des objets mystérieux envoyaient de l'air frais dans la petite pièce.
« Dites donc, demanda Lou. Pourquoi êtes-vous arrivés après ?
- Chut ! s'écrièrent les deux garçons. On a juste pris un peu d'argent de poche.
- Maman ne veut jamais, continua Théo. Elle a peur qu'on dépense tout dans n'importe quoi... mais je pense qu'on est grand maintenant et qu'on est assez responsable. Non ! Nous ne sommes plus des bébés ! »
S t A u b i n s u r l e s E a u x
Il tapa du poing sur la table. L'attention des autres clients se tourna vers eux et Lou chuchota:
« Tu parles, nous, peut-être, mais toi, je ne suis pas sûre. »
Théo lui jeta un regard noir. La clientèle reprit calmement ses bavardages sourds. Théo prit la parole :
« Avec toi, je pense que maman à raison. Tu serais encore incapable de reconnaître quelque chose de dangereux ! Dans le monde de la magie on trouve de tout. Alors, toi, que vas-tu nous découvrir ?
- Ah ! Ah ! Je crois que tu me confonds avec toi mon cher jumeau. Souviens-toi, tu avais pris une..
- Ouais... bon, les coupa Boro. Si vous cessiez de vous chamailler.
- Mais c'est lui, s'exclama Lou.
- Non, c'est elle, renchérit Théo.
- Tous les deux, grogna Boro. Vous pourriez me laisser parler. J'ai remarqué un stand tout à l'heure qui pourrait nous intéresser. Je vous emmène ou pas ?
- Qu'est-ce que c'est, interrogea Émilie. Qu'as-tu vu pour être si mystérieux ? »
En voyant les yeux pétillants d'impatience de ses amis fixés sur lui, Boro continua:
« Sur la grande place il y a...
- Dis, dis, le pressa Lou. Allez ! Raconte !
- Il y a un stand sur ... l'Alchimie ! Cela pourra sûrement nous aider. »
Émilie sourit :
« Tu as raison, c'est une bonne idée, peut-être allons nous découvrir quelque chose que nous ayons oubliée. Ce serait dommage de tout rater.
- Oui, grommela Théo. Allons-y tout de suite.
- Je suis d'accord » fit Lou.
Et Émilie approuva d'un signe de tête.
Les quatre adolescents se frayèrent un chemin dans la foule de plus en plus grande. Arrivés sur la grande place, les quatre amis s'arrêtèrent. Tous les stands étaient débordants de magiciens et créatures fantastiques. Émilie aperçut une Naga, être mi-serpent mi-humain ainsi que des nains, lutins, farfadets, djinns et autres petits génies... Mais un terrain était, lui, complètement désertique. Aucun magicien ne venait s'y rendre et c'est au-dessus de ce stand qu'une banderole annonçait:
"L'ALCHIMIE en long et en large, venez découvrir ses mystères."
Émilie, étonnée, l'indiqua à ses amis. Le stand vide n'avait pas belle allure. La tente noire et sombre n'inspirait pas à la curiosité. Les adolescents avaient plutôt envie de fuir ce lieu inquiétant. Courageusement, les amis pénétrèrent sous la toile effrayante. De grands dessins explicatifs, blancs sur noir, s'étendaient sur les côtés. Une écriture maladroite servant de légende les accompagnait. Théo s'en approcha et hasarda une traduction du gribouillis repoussant:
« "Les.. Yeux... de sor... permet... ront, bouill..., hommes... morts... or...vie éter...", je n'arrive pas à lire la suite et le début ne m'encourage pas à essayer. Vous avez entendu ? Des yeux ? Je n'ai pas compris de quelle créature ils proviennent mais c'est dégoûtant!
- Théo, chuchota Lou. Tais-toi... »
Pendant que le jeune homme parlait, une ombre menaçante s'était approchée en glissant doucement ne laissant émettre qu'un faible glissement angoissant provoqué par sa longue cape noire. Une voix grave et grinçante s'éleva de la silhouette:
« Tiens, tiens, des visiteurs ? Vous vous intéressez à l'alchimie ? »
Un silence lui servit de réponse.
« Mais ! s'exclama t-il. Vous n'êtes que des gamins ! Que faites-vous donc ici ! Ce n'est pas un terrain de jeu ! »
Boro fit courageusement un pas et répliqua d'un ton calme qui ne dévoilait pas sa terreur:
« Nous ne sommes pas des gosses comme vous le dites, nous avons quatorze ans et sommes assez grands pour savoir ce que nous voulons. Et je vous signale, que ce n'est pas en accueillant les visiteurs ainsi que du monde viendra visiter ce lieu.
-Bien » fit l'homme en se découvrant.

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# Posté le samedi 10 mars 2007 05:34

Modifié le dimanche 28 juin 2009 13:39

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 7) [3]

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 7)


Bien » fit l'homme en se découvrant.
Les quatre amis frissonnèrent, une vague de méchanceté émanait de ce personnage insolite. Sa tête allongée était mal soignée, une barbe récente couvrait le menton et des sourcils broussailleux se rejoignaient sur son front. Sa peau était sale, ses vêtements étaient ceux d'un chimiste : une blouse blanche et un pantalon de toile. La cape noire qui portait par-dessus était déchirée à mains endroits, elle n'avait plus l'éclat de la soie et devenait grisâtre. Ses cheveux ne poussaient plus sur le dessus de son crâne et deux touffes grisonnantes tombaient en paquets noueux sur ses longues oreilles. Un sourire édenté passa sur sa figure et il demanda :
« Que font donc ces jeunes gens dans mon stand si c'est pour me faire des reproches ? Vous intéressez-vous à l'alchimie ? Malgré votre avis sur la question, je vous trouve tout de même bien jeunes !
- Oui, répondit Théo. L'alchimie nous intrigue, nous savons même...
-Rien... rien » coupa Lou en jetant des regards effrayés à son frère. Elle prit son courage à deux mains et s'élança dans une explication embrouillée.
« Nous avons... euh... découvert l'existence de l'alchimie il n'y a pas longtemps ! Et nous voudrions savoir comment se fait le petit Oeuvre ! Et qui l'a déjà réussi ? Si vous pouviez nous renseigner ?
- Le petit Oeuvre, marmonna l'alchimiste. Hum ! Hum ! Intéressant... Et pour quelle raison vous en préoccupez-vous ?
- Euh... Rien, commença Lou.
- Pour un exposé, s'écria Boro. Un exposé scolaire ! Nous sommes des étudiants, apprentis magiciens et nous devons écrire sur ce sujet. Vous pouvez nous aider ? »
Il dit cela d'un souffle en espérant que l'homme ne devinerait pas la cause de son empressement à couvrir les propos de son amie.
« Bien, dit l'alchimiste en les observant d'un air soupçonneux. Je vais tout vous expliquer et tant pis si vous ne comprenez pas. Selon la terminologie hermétique que les adeptes aiment utiliser, la première opération de l'alchimiste consiste à accomplir l'Arbre Lunaire ou Petit Oeuvre comme vous l'appelez, il est également connu sous le nom de Petit Magistère ou encore Argyropée. On obtient ainsi la pierre blanche qui transmute les vils métaux en argent. Ensuite, on passe à la fabrication de l'Arbre Solaire ou Grand Oeuvre dont vous semblez ne rien connaître. Il est aussi nommé Grand Magistère ou Magnum Opus ou Chrysopée. À cette étape, l'alchimiste obtient la pierre philosophale rouge, qui transforme tous les métaux en or grâce à sa cuisson plus ou moins lente dans l'athanor. Le mélange, dans l'Oeuf philosophique, est d'abord noir (stade de la putréfaction), puis blanc (stade de la résurrection), rouge enfin. Cette pierre est l'élixir de Vie qui rend immortel ! Seuls de rares magiciens ont réussi ces transformations et le plus connu de tous est ce vieux et idiot de Nicolas Flamel. J'imagine que vous ne connaissiez rien de tout cela.
- Si ... murmura Émilie.
- NON ! » dit fortement Boro couvrant son amie.
Il afficha un air bête et continua:
« De l'or ? Je n'arrive pas à vous croire ! »
Boro avait touché le point faible de l'alchimiste, l'orgueil.
« Tu ne me crois pas jeune sot ! s'écria l'homme. De l'or ! En quantité faramineuse ! Et la vie... la vie éternelle ! Je pourrais tout faire si je la possédais ! Tout ! J'aurais tout ce que je veux, un palace de diamant, des esclaves à l'infini... Je serais le Maître ! Je gouvernerais le ministère et personne n'osera me défier car je serais invincible ! Le plus riche ! IMMORTEL ! ! ! ! ! Je serais le maître du monde ! »
L'alchimiste, emporté par sa fureur, augmenta l'ampleur de ses cris, il se mit à hurler. Ses yeux s'étaient aggrandis et ne regardaient rien en particulier. Il s'était redressé et les quatres amis le voyait maintenant agités les mains tout ne s'écriant :
« JE SERAIS LE MAÎTRE DU MONDE ! ! ! »
Soudain, il n'y eut plus un bruit sous la tente. La rumeur des magiciens autour du stand était toujours là mais, un silence pesant régnait sous la toile. Le calme insoutenable fut rompu par Lou qui prit la parole timidement:
« Nous vous remercions infiniment...
- Attendez, fit l'individu alors qu'ils allaient sortir. Voici ma carte de visite :

- Si jamais, vous découvrez des choses nouvelles, venez impérativement m'en parler ! Je m'appelle Agamemnon Seignobos, savant-alchimiste ! Je suis quelqu'un de bien, je vous l'assure. N'hésitez pas à me contacter.
- Oui, oui, au revoir » fit Lou rapidement, pressée de quitter ce lieu effrayant.
Les quatre amis partirent en courant afin de mettre, le plus vite possible, une immense distance entre eux et le vieux fou.

# Posté le samedi 10 mars 2007 05:35

Modifié le dimanche 28 juin 2009 13:40

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 8) [1]

Émilie Belona et la Magie de l'Alchimie (chapitre 8)


C H A P I T R E 8: St Aubin sur les Eaux




L'aigle planait dans le ciel où s'effilochaient quelques nuages blancs tel des rubans de soie précieuse. Un petit hameau à des kilomètres en dessous de son corps semblait très agité. Une multitude d'hommes s'y trouvait et l'ouie fine du Roi des oiseaux était perturbée par le vrombissement sonore qu'elle émettait. De son oeil perçant et vif, le maître des cieux observa les misérables créatures qui dérangeaient sa chasse. Ce n'était pas des humains comme les autres. Étrange, ils semblaient plus respectueux de la nature, ils n'étaient pas vêtus de la même façon que ceux que l'aigle avait déjà rencontrés. Ils portaient une robe ample. Parmi ces individus se trouvaient de temps à autre des "bonnes gens", c'est ainsi que l'oiseau appelait les fées et elfes dont il croisait souvent le chemin. L'imposant volatile avait confiance en ces êtres qui vivaient en paix avec la terre.
Soudain, quatre jeunes adolescents rompirent le calme. Ils étaient semblables aux autres mais une peur immense les habitait. Ils sortaient en courant d'une tente sombre. L'oiseau frémit, un vent froid se glissa entre ses plumes. Son instinct d'animal l'avertissait qu'un danger se tapissait sous cette toile noire. Reprenant de l'altitude, il s'éloigna de ce lieu où la confiance et le respect de la nature l'avait attiré mais où malgré tout se cachait le mal. Le vent apporta des bribes de parole qu'un des adolescents cria :
« Venez ! Dépêchez-vous ! ... »
Les quatre amis couraient en bousculant les magiciens entassés sur la place. Le Marché aux Chimères avait attiré beaucoups de monde et ils s'étaient tous réunis pour admirer un spectacle de jonglage mêlé de danse. Les elfes qui exécutaient ce divertissement répandaient autour d'eux une grâce qui charmait toute la foule. Mais les jeunes ne s'en souciaient guère. La peur que M. Seignobos avait générée les poussait à s'éloigner le plus possible de son stand. Ils s'engouffrèrent en vent dans le bar "Le Voyageur".
« Vous vous rendez compte de ce que vient de nous révélez cet escroc ?» fit Émilie une fois assise.
Sa voix tremblait encore de l'émotion qu'elle avait ressentie.
« C'est un monstre ! Le grimoire de Nicolas Flamel ne doit surtout pas tomber entre ses mains.
- Tu as absolument raison, fit Théo en haussant la voix. Nous devons le mettre à l'abri !
- Chut ! ! ! On n'est pas sensé savoir où il est, ni même en connaître l'existence.
-Zut ! grogna Théo. Je n'avais pas fait attention. »
En effet, le bar, malgré l'animation elfique, était encore encombré de clients qui, attirés par l'exclamation des adolescents, les observaient avec un regard malveillant.
« Bon, repris Boro en murmurant. On y repensera au calme...et à l'abris des oreilles indiscrètes.»
Il ajouta :
« Et si on allait plutôt faire visiter St Aubin à Émilie ! Il n'y a pas que le marché, il y aussi toutes sortes de boutiques rigolotes.
- Ça, c'est une idée fantastique ! s'exclama Lou. Mais j'aurais bien aimé regarder les elfes, dommage que cela soit terminé. »
En effet, le spectacle était fini et les promeneurs retournaient à leurs occupations. "Le Voyageur" se remplit rapidement. Les quatre amis sortirent discrètement après avoir payer les 15 Pilozos que leur avaient coûtés les limonades.
Tout d'abord, Émilie visita le petit magasin de farces et attrapes du hameau. D'après les jumeaux, c'était le meilleur fabricant de feux d'artifices de toute la France, évidemment, le docteur Flibuste de Grande-Bretagne ne serait jamais battu mais c'était quand même de la superbe qualité.
Émilie sursauta au nom du docteur Flibuste, elle l'avait déjà lu quelque part:
« Il existe vraiment ! ?
- Naturellement ! s'écria Lou. Pourquoi cette question ?
- Et bien, commença Émilie. Au puis non, ça n'a pas d'importance, j'ai dû le lire dans un roman croyant que c'était inventé. »
Lou ne posa pas plus de questions, ils venaient d'arriver devant la boutique de Mme Élie Annam, la meilleure confiserie du monde des magiciens. "Les amis de la gourmandise" étaient tous les bienvenus dans la maison Annam ainsi que l'annonçait le panneau de bois sur la devanture. Lou dépensa totalement l'argent que Théo lui avait confié en friandises. Émilie était enchantée par tous ces bonbons farfelus dont certains animés par des sortilèges la surprenaient. Mais quand elle tomba sur bocal contenant de la bave de crapaud, son enthousiasme diminua fortement jusqu'à ce que Boro lui explique qu'il s'agissait en fait d'un jus sucré d'une plante magique appelée l'arbre à grenouilles bleues. Il lui expliqua que les fruits de couleur lapis-lazulite que produisait cet arbuste féerique avaient une forme qui rappelait le corps du batracien. Émilie en acheta donc pour le montrer à sa mère, elle prit aussi quelques sucettes à la rosée du matin et des coccinelles d'Épranie. Théo lui retraça l'histoire de M. Épranie, devenu un célèbre cuisinier grâce à sa friandise en forme de bête à bon Dieu.


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# Posté le dimanche 25 mars 2007 06:04

Modifié le dimanche 28 juin 2009 13:38