« Je m'en occuperais cette nuit, fit-il. Et Boro fera le guet. Vous, les filles, vous vous occuperez de la craie. Je viens de m'apercevoir qu'on l'avait oubliée ! Il y a aussi un oeuf de caille mais bon... On aura le temps.
- Au fait, interrogea Émilie, où allons nous installer ? Je ne sais pas si c'est le mieux, d'être sous le nez des adultes ! »
Théo jura et s'exclama :
« J'avais complètement oublié !
- Je pense, émit Lou. Que le petit cellier à côté de l'étable qui est abandonné ira. Personne ne s'en sert jamais, on sera au calme. Mais il faudra le ranger et demander aux parents.
- C'est parfait, approuva Boro. Mais il se pose toujours un petit problème: où va t-on mettre les ingrédients en attendant ?
- Ça, ce n'est pas un gros soucis, on va les dissimuler dans ma chambre » proposa Lou.
Les parents acceptèrent que les ados s'installent dans le cellier. Jusqu'au vingt-trois juillet, ils passèrent leur temps à secouer la poussière entassée depuis des années dans la vieille pièce. Le futur laboratoire n'était pas très grand mais ils purent y placer une lourde et longue table en bois dans un des coins. Le long du mur en face, des bûches attendaient et un foyer avait été aménagé dans l'ancienne cheminée. Cela faisait peut-être plus d'un siècle qu'elle n'avait pas été utilisée et quand les adolescents tentèrent d'allumer un feu, ils furent enfumés. Philippe Mahler vint à leur secours et ramona le vieux conduit bouché.
Théo recopia des formules de l'ouvrage d'Alchimie tel que:
" LEGE, LEGE, RELEGE, ORA, LABORA ET INVENIA " qui signifie "lis, lis, relis, pris, travaille et tu trouveras", la devise de l'alchimiste. Il nota aussi:
" SATOR, APERO, TENET, OPERA, ROTAS " formule sensée annuler les malédictions accompagnant généralement les rites magiques de l'Alchimie. Théo qui adorait dessiné les fit avec beaucoup de soin et choisit une calligraphie plutôt gothique. Les contours des mots étaient accompagnés de petits symboles qu'il trouva dans le livre. Il accrocha ses œuvres sur les murs du laboratoire, maintenant que nous pouvons l'appeler ainsi.
Dans le dernier coin, Lou et Émilie installèrent des poufs rouges et des coussins verts avec une table basse. Ici ils pourront discuter tranquillement. Dans cette pièce se passeront sans doute des événements importants. Tout était prêt.
Le vingt-quatre juillet, Lou reçu du courrier de la part du magazine "tout en Frac !", c'était la fiente de dragon bicéphale, avant-dernier des ingrédients manquants.
« Eh ben ! Dites donc, je suis épuisée, confia Émilie à Lou.
- T'inquiète pas moi aussi, répliqua son amie. Mais bon, le résultat est satisfaisant !
- Oui, fit Émilie. Mais on n'a pas terminé, il faut encore descendre les ingrédients dans le cellier, enfin le labo. »
Le déménagement des ingrédients s'effectua en silence dans l'après midi pour ne pas attirer l'attention des parents et de Justin. Eneffet, ces derniers étaient partis inscrire le petit garçon dans la sorte d'école primaire qu'il existait pour les enfants de magiciens. Là-bas, ils étaient regroupés dans une même classe, de 6 à 10 ans. On leur faisait une initiation à la magie, ainsi que des cours normaux.
Tous les ingrédients furent déposés sur la grande table en bois. Émilie mesura l'once de souffre avec une petite balance - elle avait trouvé la mesure exacte dans un des dictionnaires de la maison - elle versa la poudre dans un petit récipient de verre.
L'après-midi se terminait, les quatre amis purent enfin se laisser tomber sur les poufs de leur atelier.
« Il ne nous reste plus qu'à dénicher un œuf de caille et du sang de nouveau-né. »
Émilie regarda Boro avec horreur :
« Où comptes-tu trouver du sang de nouveau-né ?
- Oh ! fit Lou. Notre chatte Noisette attend des petits. Je pense que du sang de chaton suffira pour cette expérience. Il faut simplement qu'ils naissent avant le trente et un !
- Quoi, s'écria Émilie. Tu veux assassiner un chaton pour ça ?
- Mais non, répliqua Lou. Il sufiit de lui faire une prise de sang.
- Oui, fit Boro. Mais il ne faudra pas attirer l'attention ! Pour l'œuf de caille, c'est la même chose et de toute façon ça pond tous les jours ces bestiaux-là. »
Boro avait bien accentué le "attention !" car quand lui et Théo étaient allés voler le mercure et le souffre, tout ne s'était pas passé comme prévu.
Les deux garçons étaient descendus en silence. La porte du bureau du médecin s'était ouverte facilement, sans un grincement. Boro était resté à l'extérieur pour surveiller la venue des parents. Théo avait facilement trouvé les flacons. Il avait déposé une dose de souffre dans une boîte d'allumette vide et versé quelques gouttes de mercure dans une petite fiole mais avait fait tomber maladroitement la bouteille avec fracas et ils avaient dû s'enfuir rapidement avec les deux ingrédients avant que Philippe n'arrive.
